Peindre est une vocation, dans la mesure de cette implication personnelle à atteindre une figure poétique unique, vivante. Ce qui me pousse à peindre, que je ne pourrais expliquer et qui paraîtrait comme une folie douce,
c’est la détermination à mettre une pensée en mouvement et à atteindre la vérité de l’œuvre dans sa plasticité.
Je reste au plus proche d’un engagement poétique libre, proche d’une vision onirique dans ma retranscription du réel.

Prométhé, 2023, 60X85
Black Bird 2017- 80X60
L’homme qui marche. Acrylique sur toile, 80X65CM.2014
Visage, 2017, 40X45

Supports

J’aime fabriquer moi-même mes supports, d’où l’idée de glaner des toiles de lin qui seront ensuite tendues sur les châssis et enduites de colle de peau de lapin. Légèrement érodées par le temps, ces toiles anoblies par leurs usages anciens, m’offrent déjà une matière vivante et inspirante. Par rester au plus proche de cette conception artisanale, je conçois mes propres couleurs à partir.de terres naturelles et de liants, dont le jaune d’oeuf, d’où la tempera. Au départ, c’est une image mentale qui stimule cette nécessité de peindre.Elle prend forme au fur et à mesure dans l’espace du tableau par la combinaison du dessin,
des couleurs et des matières.  Le rouge, le bleu et le jaune, chacune des primaires sont des codes pour donner l’illusion du volume, de la profondeur, tout en servant la symbolique du récit pictural. 
Le tableau se densifie avec l’apport des jus successifs de terres d’ombres et de bleu de Prusse,
à la manière dont se révélerait une photographie en chambre noire.
Il s’agit avec le pinceau, de percer à jour un monde intangible et pourtant si proche du ressenti,
de le retranscrire par superposition de couches diluées, mouvements de brosse, effacement au chiffon.

Représentation

La précision ici, s’apparente à l’idée d’une justesse plus qu’à celle d’une perfection dans la représentation.
L’achèvement du tableau est le sentiment d’une forme d’équilibre en tension dans une contingence plastique. C’est le dessin de départ qui en est l’ossature, le souffle et l’énergie. Les épaisseurs, les craquelures peuvent parfois apparaîtreet s’intègrent à l’oeuvre. Mais lorsque j’atteins cette limite où je sais qu’il est périlleux de s’aventurer et où pourtant,
l’oeuvre peut encore atteindre son potentiel, je sais aussi que je peux tout compromettre.
Dans ce dernier cas, la toile est détruite. Je dois recommencer, répéter le motif afin de le saisir dans son essence. 
Parvenir à la réalisation de cette idée est le but de ces tentatives, faire émerger ce que je sens, ce que je vois, pour ensuite partager cette vision comparable à un philtre sensible.

Inspirations

Je suis l’enfant de ma culture, grâce à un cadre familial où j’ai eu accès à toutes sortes de livres et de revues d’art.
Giotto, Bruegel, Caravage, De kœning, Francis Bacon, Rothko, Kandinsky sont entres autres des références qui m’ont permis
d’assimiler une manière de voir et de créer. Fascination aussi pour le sacré avec l’art primitif, les premiers dessins de l’homme sur la roche,
Et puis les objets à vocation religieuses des peuplades africaines et océaniques : j’ai toujours eu ce goût pour le mystère, pour la face cachée du monde,
où se reflèteraient les rêves et les aspirations des hommes pour faire exister leurs dieux.
Mais ce sont aussi mes propres expériences de vie qui alimentent un répertoire inconscient dans lequel je vient puiser.
Une perception de la vie qui tient à cette ambivalence où les plus beaux rêves deviennent des cauchemars, où la pureté surgit au milieu de la pourriture. La peinture est pour moi une nécessité de traduire cette sensation de contrastes.
L’oeuvre cinématographique de Jean Cocteau, celle de David Lynch m’ont vraiment interpellées dans leur façon de traiter du rêve et de l’inconscient.

Claire Eisenzopf